De la Révolution aux suffragettes
Paradoxalement, c'est la Révolution française qui freine brutalement les aspirations des femmes à participer à la vie politique. En 1789, l'abbé Sieyès distingue les citoyens « actifs » et les citoyens « passifs », et classe les femmes dans la seconde catégorie au même titre que les enfants, les étrangers ou tous ceux qui ne peuvent s'acquitter d'un cens électoral. Malgré l'appel de Condorcet, elles sont officiellement exclues du droit de vote par l'Assemblée nationale le 22 décembre 1789, exclusion maintenue par la Constitution de 1791, puis par un vote de la Convention nationale le 24 juillet 1793. Et ce quelques mois avant l'exécution d' Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
Le droit de vote des Femmes : une forte résistance
Dans la première moitié du XXe siècle, des propositions de loi pour accorder le droit de vote aux femmes sont votées par la Chambre des députés, avant que le Sénat ne les rejette, soit en repoussant indéfiniment le texte, soit en s'y opposant par le vote. Le Sénat constitue le principal point de blocage institutionnel à l'adoption de la mesure. Les radicaux, autour desquels s'organise toute la majorité parlementaire, ne veulent pas entendre parler d'une réforme menaçant l'équilibre politique. Ils soupçonnent les femmes d'être influencées par le clergé. Elles sont perçues comme « sous influence», leur maturité politique paraît douteuse comme leur dévouement républicain.
Le soutien marqué par le pape au vote des femmes à partir de 1919 renforce encore dans l'esprit des radicaux l'idée que l'Église tente par l'entremise des femmes de regagner une influence sur la société. La France de la IIIe République ne franchit donc jamais le pas, même si elle encourage les progrès l'éducation des filles et si le gouvernement du Front populaire de Léon Blum confie trois secrétariats d'État à des femmes en 1936. Les députés demeurent réticents et les sénateurs encore plus sourcilleux de protéger le temple « républicain » de la menace de la «calotte».
Les voix des femmes
Le combat trouve toute sa légitimité durant la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle les femmes ont dû travailler, participer à l'effort de guerre, engagées parfois dans la Résistance, tout en continuant à s'occuper de leur maison et de leur famille, alors que les hommes étaient partis au front. Le nouveau pouvoir politique, plus jeune, issu de la Résistance, reconnaît aux femmes la pleine responsabilité de citoyennes en suivant l'évolution des grands pays démocratiques. Et c'est tout naturellement que le pouvoir établi à Alger décide d' accorder aux femmes le droit de vote par une ordonnance du 21 avril 1944. Elles deviennent électrices et éligibles dans les mêmes conditions que les hommes.
La tendance a depuis changé et l'électorat féminin se distingue de moins en moins de l'électorat masculin, même si la situation démographique fait que les femmes âgées sont bien plus nombreuses que les hommes de la même génération, ce qui explique leur vote plus conservateur. Les femmes sont électrices désormais, mais il restera du chemin à parcourir pour l'égalite des hommes et des femmes...
Bibliographie sur le droit de vote des femmes en France
- Anne-Sarah Bouglé-Moalic, Le vote des Françaises : Cent ans de débats 1848-1944, Presses universitaires de Rennes, 2012.